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« Thérèse et Isabelle » n’a jamais eu pour vocation d’exister en tant que livre fini. Pensé à l’origine par Violette Leduc comme le début de son roman « Ravages », publié en 1954 chez Gallimard, c’est face au refus de publication tel quel que l’autrice dû se résigner à le publier seul. Cette censure marquera durement Leduc, comme elle le souligne dans « La chasse à l’amour », dernier tome de son autobiographie : « Le début supprimé, la suite n’aura pas de poids. Thérèse manquera de pesanteur. Il s’appelait « Ravages ». […] Je ne guérirai pas de notre amputation ».
N’ayant pas encore lu « Ravages », je ne peux réintégrer mentalement le début de cette oeuvre avec sa suite, comme le souhaitait l’autrice, et c’est à prendre en compte lorsque l’on découvre « Thérèse et Isabelle ». En effet, le seul reproche que je pourrais lui faire est sa brièveté : j’ai refermé le livre en restant sur ma faim.
« Thérèse et Isabelle » raconte deux jeunes filles qui s’aiment dans un collège, pendant quelques jours à peine. C’est le début de la sexualité, mais sans la honte. Il n’y aucun jugement moral chez Thérèse et Isabelle, et c’est sûrement ce qui m’a le plus plu. Le sexe n’y est pas justifié par des sentiments amoureux débordants : Thérèse et Isabelle s’aiment physiquement, avant tout, et c’est aussi bien comme ça. L’écriture de Violette Leduc est novatrice, les images qu’elle utilise sont à mille lieues des représentations misogynes classiques des femmes et des lesbiennes dans la littérature masculine.
En bref, j’ai adoré cette lecture ! Je n’avais pas du tout aimé « L’asphyxie » de la même autrice, mais « Thérèse et Isabelle » m’a convaincu de continuer à lire Violette Leduc.
💜 Pour en savoir plus : les travaux d’Alexandre Antolin notamment son blog « La mafia lavande » et sa thèse sur la censure de « Ravages » qui devrait être accessible librement dès le 26 décembre (cadeau de Noël !)